Lectio Divina

À l’écoute de la Parole

Se mettre en chemin : toutes les lectures de ce dimanche nous y invitent. Le prophète Michée nous montre le chemin qui conduit à Bethléem depuis Jérusalem, cette route qu’autrefois son prédécesseur Samuel avait parcourue pour aller oindre David. Nous contemplons Marie sur un sentier similaire, à l’arrivée de sa marche depuis Nazareth jusqu’à la « région montagneuse de Juda ». Enfin, c’est l’attitude intérieure du Christ qui est dévoilée par la Lettre aux Hébreux, lors de son « chemin existentiel » qui l’a conduit depuis le sein du Père jusqu’au sein de Marie.

 Première lecture : Bethléem Éphrata (Mi 5, 1-4)

La prophétie de Michée (cf. Mi 5) proposée en première lecture est bien plus qu’une simple « prédiction de l’avenir ». Ce prophète est un contemporain d’Isaïe (viiie siècle avant J.-C.), et leurs oracles sont très proches. Il est originaire de Moreshet, un autre village de Juda, au sud-ouest de Jérusalem. Assistant aux ravages de l’armée assyrienne, il prophétise la chute de Samarie, puis se réfugie à Jérusalem où il constate la ruine morale et spirituelle de la Ville sainte. À cause de l’inconduite des riches, des puissants et des prêtres, annonce-t-il, Jérusalem sera conquise par Babylone. Mais le Seigneur n’abandonnera pas son peuple à son triste sort : il enverra le Messie, descendant de David.

L’oracle lu ce jour, tiré du chapitre 5, fait suite à une vision de l’exaltation de Jérusalem vers laquelle convergeront toutes les nations pour une ère de paix : « Il adviendra dans la suite des temps que la montagne du Temple du Seigneur sera établie en tête des montagnes et s’élèvera au-dessus des collines. » (Mi 4, 1 ; cf. Is 2) C’est dans ce contexte que Michée annonce l’avènement d’un Sauveur pour Israël.

Si le nom d’Éphrata reste mystérieux − on sait seulement que les habitants de la région de Bethléem étaient appelés Éphratéens, du nom de l’ancêtre d’un clan insignifiant de Juda (cf. Rt 1, 2) −, celui de Bethléem présente un tout autre relief : David était originaire de cette bourgade, où Samuel était venu l’oindre (cf. 1 S 16). Les contemporains de Jésus s’en souvenaient bien, qui s’interrogeaient sur l’origine de Jésus : « L’Écriture n’a-t-elle pas dit que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? » (Jn 7, 42.) Dans la même tradition, l’évangile de Matthieu citera l’oracle de Michée lors de la venue des Mages à Jérusalem1 (cf. Mt 2). Enfin, notre texte en rappelle un autre beaucoup plus célèbre, qui annonce la naissance du Messie parmi les descendants de David, au-delà de son fils Salomon :

« Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. » (2 S 7, 12-19)

En désignant le village de Bethléem comme le lieu où le Sauveur doit naître, Michée présente le Sauveur à venir comme un nouveau David : « Il sera leur berger » (v. 3) ; autour de lui se rassembleront tous les enfants d’Israël (v. 2), dispersés par les ennemis. Quatre éléments du texte font toutefois de ce nouveau chef plus qu’un simple rejeton royal :

« Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois » (v. 1) : la provenance réelle du Messie se perd dans la nuit des temps, et dépasse l’histoire humaine… Les Pères de l’Église ont lu dans cet oracle une prophétie de l’origine divine de Jésus ;

« Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter » (v. 2) : cette mention de la mère du Sauveur est insolite et lie le salut à une femme. Elle fait bien sûr écho à la prophétie de l’Emmanuel en Isaïe qui confirme cette origine particulière : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel. » (Is 7, 14) Le chrétien y reconnaît la figure de Marie, aurore du salut ;

« Il tiendra sa puissance du Seigneur et sa majesté du nom de Dieu » (v. 3) : le nouveau roi entretiendra avec Dieu une intimité d’un genre unique, et ne devra rendre compte qu’à lui. On pense aux paroles de Jésus sur son Père, par exemple : « Je dis ce que j’ai vu auprès de mon Père. » (Jn 8, 38) ;

« Il sera grand jusqu’aux extrémités de la terre et lui-même sera la paix » (v. 3) : le règne du Messie s’étendra à toute la terre et inaugurera un règne universel de paix. Le roi ne se contentera pas d’apporter la paix : il sera lui-même cette paix. Michée ne considérait-il cette expression que comme une simple métaphore ?

 Psaume : Le visage du Seigneur (Ps 80)

Le même rêve de restauration anime le Psaume 80(79) qui commence ainsi : « Berger d’Israël, écoute… » La liturgie ne retient aujourd’hui que trois paragraphes de cette supplication émouvante, qui pleure sur la destruction de la « vigne du Seigneur ». Le psalmiste s’étonne : après avoir arraché Israël à l’Égypte et l’avoir planté en terre de Canaan (« Visite cette vigne, celle qu’a plantée ta main puissante »), Dieu l’abandonne maintenant au pouvoir de ses ennemis, le laissant dévasté : « Ils l’ont brûlée par le feu comme une ordure. » (v. 17) Il appelle Dieu à intervenir à nouveau.

Un verset revient à trois reprises ; la liturgie nous le propose comme répons : « Dieu, fais-nous revenir, que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés. » (v. 4) En intervenant dans l’histoire, le Seigneur manifestera sa puissance, resplendissante comme le visage d’un héros vainqueur. Cette phrase traduit aussi le désir de conversion : si Dieu se fait connaître, l’homme sera sauvé. C’est bien, selon une lecture chrétienne, ce qui va se produire avec l’avènement du Messie, le Fils unique, qui vient révéler aux hommes le visage de Dieu. Nous voici de nouveau en chemin : l’Enfant Jésus vient à nous, mais il faut que nous revenions à lui.

Le Psaume se termine par l’attente du serviteur de Dieu, celui qui se tient à sa droite, un homme providentiel que Dieu va envoyer : « Le fils de l’homme qui te doit sa force. » (v. 18) Le psalmiste exprime enfin le désir du croyant de changer de vie (« Jamais plus nous n’irons loin de toi »), et de se consacrer désormais au service de Dieu (« Fais-nous vivre et invoquer ton nom », v. 19). Nous pouvons imaginer les foules qui chantent ces versets pendant la liturgie dans le Temple de Jérusalem, lors des grandes fêtes, avec autant d’espérance que de joie.

Évangile : La Visitation (Lc 1, 39-44)

Jésus, Prince de la Paix, sera ce « fils d’homme » qui vient sauver le peuple saint ; il réalise de façon surprenante l’oracle de Michée, scellé jusqu’à cet instant dans les écrits d’Israël : « ses origines remontent aux temps anciens » ; « jusqu’au jour où enfantera celle qui doit enfanter »…

Nous retrouvons Marie dans l’épisode de la Visitation, alors qu’elle vient de concevoir le Messie. Elle est vraiment cette aurore du Salut annoncée par les prophètes. Nous la voyons se rendre en hâte chez Élisabeth, juste après l’Annonciation. Le contexte est donc celui du mystère de la conception de Jésus, que l’ange Gabriel vient d’annoncer à Marie et qu’Élisabeth découvre sans que Marie lui en fasse part explicitement. C’est en effet la salutation de Marie qui a suscité chez Jean un mouvement d’allégresse spirituelle, et l’Esprit Saint fait irruption dans la scène, « remplissant » les âmes des différents personnages et leur donnant de vivre une illumination et une communion exceptionnelles. Il revient à Élisabeth d’en témoigner et de l’expliquer ; l’enfant a tressailli car il a pressenti, en Marie, la mère du Sauveur attendu : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (v. 43.) Marie a certainement tressailli elle aussi à cette réponse : son Magnificat en témoigne. Empruntons à saint François de Sales, si dévot au mystère de la Visitation qu’il en a donné le nom à la Congrégation fondée avec Jeanne de Chantal, une description de l’âme de Marie :

« Ne pensez-vous point, mes très chères Sœurs [Visitandines], que ce qui incita plus particulièrement notre glorieuse Maîtresse à faire cette visite, ce fut sa charité très ardente et une très profonde humilité qui la fit passer avec cette vitesse et promptitude les montagnes de Judée ? Ô certes, ce furent ces deux vertus qui la poussèrent et lui firent quitter sa petite Nazareth, car la charité n’est point oisive : elle bouillonne dans les cœurs où elle règne et habite, et la Très Sainte Vierge en était toute remplie, d’autant qu’elle avait l’amour même en ses entrailles. Elle était en des continuels actes d’amour, non seulement envers Dieu avec lequel elle était unie par la plus parfaite dilection qui se puisse dire, mais encore elle avait l’amour du prochain en un degré de très grande perfection, qui lui faisait désirer ardemment le salut de tout le monde et la sanctification des âmes ; et sachant qu’elle pouvait coopérer à celle de saint Jean, encore dans le ventre de sainte Élisabeth, elle y alla en grande diligence. Sa charité la pressait aussi de se réjouir avec cette bonne vieille de ce que le Seigneur l’avait bénie d’une telle bénédiction, que de stérile et inféconde qu’elle était, elle conçût et portât celui qui devait être le Précurseur du Verbe incarné… »2

Une expression précise revient plusieurs fois dans les textes pour souligner combien ces réalités sont cachées : « dans le sein », que la nouvelle traduction liturgique a curieusement laissée de côté, en écrivant platement « l’enfant tressaillit en elle » (v. 41) – « en moi » (v. 44). Et pourtant, l’expression renvoie à deux textes : l’Annonciation (« Voici que tu vas concevoir dans ton sein », v. 31, repris au v. 42 : « Béni le fruit de ton sein ! ») et la prophétie de Sophonie que nous avons lue la semaine dernière (« Le roi d’Israël est au-dedans de toi », So 3, 15). Cette expression très concrète au point de paraître banale, calquée sur l’hébreu, désigne toute la profondeur de l’Incarnation, cette présence physique du Sauveur dans une simple femme qui personnifie Israël.

Étonnant récit d’une rencontre entre deux femmes, qui est aussi, par leur intermédiaire, celle de deux hommes encore à naître, le Sauveur Fils de Dieu et Jean-Baptiste le Précurseur, dans une communion précoce, mais si forte qu’elle rejaillit sur les deux mères. Surgit entre elles une communion d’allégresse aux allures de Pentecôte avant l’heure. Une très belle scène dominée par la louange : Élisabeth loue le Seigneur et bénit Marie ; la Vierge elle-même répondra par le chant du Magnificat, emprunté au cantique d’Anne, mère de Samuel (cf. 1 S 2). Pourrait-on mieux chanter le Seigneur et la maternité ? On ne saurait imaginer tableau plus vivant et sublime que l’embrassade de ces deux porteuses de vie, véritable aurore du monde à venir au milieu d’un univers fatigué et déclinant vers la mort : le paganisme de l’Empire aux mœurs viciées et décadentes ; Israël dont la tête (Temple et royauté) est corrompue. Quelle irruption du Dieu vivant, source de paix et de pureté, dans les ténèbres et la violence !

Élisabeth offre à Marie son plus beau titre, « la mère du Seigneur », et y ajoute une béatitude : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (v. 45) Elle admire en Marie la disponibilité totale et la foi sans défaut, manifestées par sa réponse à l’Ange, quelques versets plus haut : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole. » (v. 38) Il semble bien que Luc commente cette réponse admirable par les lèvres d’Élisabeth.

Cette attitude contraste avec celle de Zacharie, le mari d’Élisabeth, coupable d’incrédulité dans le Temple : « Parce que tu n’as pas cru à mes paroles, celles-ci s’accompliront en leur temps. » (v. 20) La Parole du Seigneur s’accomplit : non seulement les prophéties se réalisent, mais elle s’est fait chair dans le sein de Marie, qui l’a accueillie avec une foi parfaite. On se souvient de l’oracle d’Isaïe :

« De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission. » (Is 55, 10-11)

Tout cela est l’œuvre admirable de l’Esprit, mentionné dans l’évangile : « Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint » (Lc 1, 41), comme tous les personnages principaux de ces premiers chapitres de Luc. Il existe un lien intime entre la Parole divine, le rôle de Marie et le mystère de l’Incarnation, qui réside dans l’Esprit Saint, comme nous le dévoile le pape Benoît XVI :

« La Parole de Dieu s’exprime donc en paroles humaines grâce à l’action de l’Esprit Saint. La mission du Fils et celle de l’Esprit Saint sont inséparables et constituent une unique économie du salut. L’Esprit, qui agit au moment de l’Incarnation du Verbe dans le sein de la Vierge Marie, est le même Esprit qui guide Jésus au cours de sa mission et qui est promis aux disciples. Le même Esprit, qui a parlé par l’intermédiaire des prophètes, soutient et inspire l’Église dans sa tâche d’annoncer la Parole de Dieu et dans la prédication des apôtres. Enfin, c’est cet Esprit qui inspire les auteurs des Saintes Écritures. »3

Deuxième lecture : L’offrande intérieure du Messie (He 10, 5-10)

Le passage de la Lettre aux Hébreux que nous lisons aujourd’hui veut pénétrer plus profondément encore dans le mystère de l’Incarnation en contemplant l’âme de celui qui n’est encore qu’un embryon à Aïn Karem, mais en qui réside toute « la plénitude de la divinité » (Col 2, 9). L’auteur emprunte aux Écritures d’Israël quelques versets clés d’un psaume pour les appliquer à Jésus et expliquer le double mystère de sa personne et de sa mission. Il s’agit d’un procédé exégétique typique du monde juif, à l’intérieur de la grande homélie qu’est cette Lettre, pour illustrer un mystère divin.

Le Psaume 40(39) est un appel au secours, lancé par un juste persécuté qui n’a pas dévié de sa route. C’est par excellence un psaume christique qui évoque clairement la Croix et l’action finale de Dieu pour relever son serviteur : « Il me tira du gouffre tumultueux, de la vase du bourbier. » (v. 3) Une analepse revient sur la mission du Messie : « Tu ne voulais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : “Voici, je viens”. » (v. 7-8) Sa parfaite obéissance est soulignée : « Au rouleau du livre, il m’est prescrit de faire tes volontés » (v. 8), et son courage mis en valeur : « Je n’ai pas caché ton amour et ta vérité à la grande assemblée. » (v. 11)

La Lettre aux Hébreux, qui se développe comme une grande prédication ou méditation d’un théologien judéo-chrétien, utilise ce Psaume 40 pour explorer les sentiments du Fils de Dieu alors qu’il « entre dans le monde ». Tandis que l’évangile nous le montre encore dans le ventre de Marie, l’expression « Tu m’as formé un corps » (v. 7) s’applique bien au mystère de l’Incarnation, œuvre unique et indépassable du Dieu trois fois Saint. Il ne s’agit pas seulement de la dimension physique du Messie, mais de toute son humanité : les paroles sont pauvres pour décrire comment le Verbe a assumé toute la nature humaine, alors que la conception « ordinaire » des fils d’homme est déjà pleine de mystères… On peut aussi penser à la grandeur de la maternité en reprenant ces versets d’un autre psaume :

« C’est toi qui m’as formé les reins, qui m’as tissé au ventre de ma mère ; je te rends grâce pour tant de prodiges, merveille que je suis, merveille que tes œuvres. Mon âme, tu la connaissais bien, mes os n’étaient point cachés de toi, quand je fus façonné dans le secret, brodé au profond de la terre. Mon embryon, tes yeux le voyaient ; sur ton livre, ils sont tous inscrits les jours qui ont été fixés, et chacun d’eux y figure. » (Ps 139, 13-16)

L’auteur est comme penché sur l’enfant à naître en une sorte d’échographie spirituelle, et il décrit le sens de sa mission : Jésus va inaugurer une nouvelle page de l’histoire du Salut et une Nouvelle Alliance, conformément à l’oracle de Jérémie que la Lettre mentionne un peu après notre passage : « Telle est l’alliance que je contracterai avec eux après ces jours-là, le Seigneur dit : je mettrai mes lois dans leur cœur et je les graverai dans leur pensée. » (v. 14)

Cette Nouvelle Alliance, c’est par le don de son corps, c’est-à-dire en allant jusqu’au bout de l’offrande humaine, que le Christ la scellera. Les sacrifices anciens, offerts selon la Loi, étaient incapables d’obtenir le pardon des péchés ; ils ne pouvaient que les « recouvrir » pour détourner le regard divin et fléchir la justice implacable : « Tout prêtre se tient debout chaque jour, officiant et offrant maintes fois les mêmes sacrifices, qui sont absolument impuissants à enlever des péchés. » (v. 11)

Aussi l’Écriture insistait-elle sur la nécessité de l’obéissance intérieure sans vraiment pouvoir résoudre le problème. Le roi Saul en avait fait l’amère expérience, châtié pour sa désobéissance ; voici le reproche que le prophète lui avait adressé :

« Le Seigneur se plaît-il aux holocaustes et aux sacrifices comme dans l’obéissance à la parole du Seigneur ? Oui, l’obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité, plus que la graisse des béliers. » (1 S 15, 22)

Seul le sacrifice définitif, celui du Christ sur la Croix, nous obtient le Salut. Jésus est donc décrit comme le nouveau grand-prêtre, qui offre son propre corps − sa vie entière − comme la nouvelle offrande : c’est cette obéissance à la volonté du Père, pleinement acceptée à Gethsémani, que l’auteur admire et dont il montre les fruits. L’encyclique Haurietis Aquas sur le culte au Sacré-Cœur saisit tout le sens de ce passage :

« C’est un amour à la fois humain et divin qui habite le Cœur de Jésus-Christ, après que la Vierge Marie eut prononcé son Fiat magnanime et que le Verbe de Dieu, selon les paroles de l’Apôtre, “dit en entrant dans le monde : Vous n’avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m’avez formé un corps ; vous n’avez agréé ni holocauste ni sacrifices pour le péché. Alors j’ai dit : Me voici (car il est question de moi dans le rouleau du livre), je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté…” C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’oblation que Jésus-Christ a faite, une fois pour toutes, de son propre corps. »4

Au moment où Jésus va venir au monde dans la Crèche, nous voyons ainsi se déployer le sens de toute sa vie, qui est obéissance au Père pour le Salut des hommes. Le corps de cet enfant à naître est destiné à la Croix, avant de devenir le corps glorieux dans le sein du Père… Mais, pour l’instant, il est blotti au chaud dans le sein de Marie, saluant à distance son cousin Jean et offrant sa vie au Père dans chaque battement de son cœur. Monsieur Olier, ce grand mystique du xviie siècle, a bien décrit la profondeur de ce qui se passe en secret :

« Le soleil hâte, comme il lui plaît, les saisons. Tandis que Dieu fait des saints qui commencent à paraître en leur fleur, il en fait quelquefois d’autres tout prêts à être moissonnés pour le ciel ; et tel est saint Jean dans sa nativité. Au moment de la Visitation, il reçoit tout d’un coup la plénitude de l’Esprit Saint. Jésus enfant, faisant, dès le ventre de sa mère, ce chef-d’œuvre de sainteté, un plus grand saint qu’il n’en fera pendant sa vie, ni même après sa mort, puisqu’il ne s’en remarque point après celui-ci, qui ait été formé tout d’abord dans la plénitude de sainteté, comme l’a été saint Jean. »5

 

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  • 1. Un sanctuaire moderne est d’ailleurs marqué par ces événements du salut : le carmel de Bethléem, fondé en 1876 sous l’impulsion de sainte Mariam Baouardy. Jésus lui a révélé en privé que l’autel de la chapelle est situé sur le lieu où David avait été oint par Samuel, et que c’est aussi en ce lieu que saint Joseph et Marie, enceinte, se seraient reposés en arrivant à Bethléem.
  • 2. Saint François de Sales, Sermon de profession pour la fête de la Visitation de la Sainte Vierge, 2 juillet 1618.
  • 3. Pape Benoît XVI, Exhortation apostolique Verbum Domini, « La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église », 2010, nº 15.
  • 4. Pape Pie XII, Encyclique Haurietis Aquas, nº 30.
  • 5. J.-J. Olier, Vie intérieure de la très sainte Vierge Marie, Artège, 2020, p. 25.
La visitation