Lectio Divina

Méditation : Famille, vocation et Temple

Les lectures de ce jour évoquent la croissance des enfants au sein des familles, et donc du rôle et du sens profond de la cellule familiale. De façon subtile, elles font aussi allusion au thème de la vocation personnelle : Jésus formule la sienne avec indépendance dans le Temple, saint Jean nous décrit la vocation de tous les baptisés − un appel « commun », mais sublime − et Anne pose les fondements de la vocation de son fils, en le consacrant au sanctuaire.

Le sanctuaire de la famille

La famille est une institution voulue par Dieu comme lieu d’introduction au monde extérieur et de découverte de l’Amour humain et divin. Nous avons décrit les deux exemples de familles si belles, que les lectures nous offrent ce dimanche, illuminées par ces personnes saintes que sont Anne, Elqana, Joseph et Marie. Le Catéchisme recueille ces expériences pour nous en décrire la beauté :

« La famille chrétienne est une communion de personnes, trace et image de la communion du Père et du Fils dans l’Esprit Saint. Son activité procréatrice et éducative est le reflet de l’œuvre créatrice du Père. Elle est appelée à partager la prière et le sacrifice du Christ. La prière quotidienne et la lecture de la Parole de Dieu fortifient en elle la charité. La famille chrétienne est évangélisatrice et missionnaire. Les relations au sein de la famille entraînent une affinité de sentiments, d’affections et d’intérêts, qui provient surtout du mutuel respect des personnes. La famille est une communauté privilégiée appelée à réaliser une mise en commun des pensées entre les époux et aussi une attentive coopération des parents dans l’éducation des enfants. »1

Cette famille est donc formée nécessairement de l’alliance entre un homme et une femme, seul amour humain qui soit digne de notre vocation. Sans juger personne, il est important de ne pas accepter de compromis sur ce point. Deux hommes ou deux femmes ne peuvent pas introduire sainement un enfant à la réalité d’un monde fait d’hommes et de femmes dans la différence et la complémentarité des psychologies et des talents. C’est de l’altérité que jaillit la richesse du don. Mais cela ne suffit pas. Les enfants, pour se construire, ont besoin de sécurité et de stabilité, sinon le monde devient pour eux incertain et effrayant. Ils ont besoin de savoir que l’amour vrai ne revient pas sur sa parole et ne change pas au gré des fluctuations affectives.

Grandeur des parents

C’est ce dont témoignent Elcana et Anne, unis pour traverser l’épreuve de la stérilité dans cette tendresse dont témoignent les paroles du mari : « Anne, pourquoi pleures-tu et ne manges-tu pas ? Pourquoi es-tu malheureuse ? Est-ce que je ne vaux pas pour toi mieux que dix fils ? » (1 S 1, 8.) Ils partagent également la souffrance de se séparer de leur petit Samuel, tout comme Joseph et Marie, angoissés pendant trois jours. Ils s’unissent dans la joie des retrouvailles. Tous les enfants devraient méditer sur les souffrances et les sacrifices de leurs parents, comme nous y invite saint Ambroise :

« Vous avez, vous, coûté à votre mère la perte de son intégrité, le sacrifice de sa virginité, les périls de l’enfantement, à votre mère les fatigues prolongées, à votre mère les angoisses prolongées, car, la malheureuse ! en ces fruits tant désirés, elle risque encore plus, et la naissance qu’elle a souhaitée la délivre de son travail, non de ses craintes. Que dire du souci des pères pour l’éducation de leurs fils, de leurs charges multipliées par les besoins d’autrui, des semailles jetées par le laboureur et qui profiteront à l’âge suivant ? Tout cela ne doit-il pas au moins se payer en soumission ? »2

Notre culture, surtout depuis les révolutions sociétales du siècle passé, a tendance à défigurer l’image du père, réduite à une caricature d’exercice arbitraire de l’autorité. Nous en voyons les conséquences tous les jours, surtout dans les fragilités affectives qui rendent incertain le chemin de tant de nos proches. Le pape François soulignait donc l’importance de la présence du père au sein de la famille :

« L’homme revêt un rôle tout aussi décisif dans la vie de la famille, en se référant plus particulièrement à la protection et au soutien de l’épouse et des enfants. Beaucoup d’hommes sont conscients de l’importance de leur rôle dans la famille et le vivent avec les qualités spécifiques du caractère masculin. L’absence du père marque gravement la vie familiale, l’éducation des enfants et leur insertion dans la société. Son absence peut être physique, affective, cognitive et spirituelle. Cette carence prive les enfants d’un modèle de référence du comportement paternel. »3

Tout cela trouve un prolongement spirituel. Les enfants forgent dans leur intérieur l’image de Dieu le Père à partir de leur propre père terrestre. Ils comprennent la tendresse de Dieu à partir de celle de leur mère, et forment souvent leur capacité de confiance envers autrui selon la confiance mutuelle qu’ils ont vue dans le couple. Ils trouvent dans la communion de leurs parents une image − lointaine, certes, mais réelle − de la vie trinitaire où un seul amour forme une seule réalité indissoluble, sans que les personnes soient confondues. Le pape Jean-Paul II nous décrit ainsi ce rôle d’éducation :

« La famille est la première école, l’école fondamentale de la vie sociale ; comme communauté d’amour, elle trouve dans le don de soi la loi qui la guide et la fait croître. Le don de soi qui anime les époux entre eux se présente comme le modèle et la norme de celui qui doit se réaliser dans les rapports entre frères et sœurs, et entre les diverses générations qui partagent la vie familiale. La communion et la participation vécues chaque jour au foyer, dans les moments de joie ou de difficulté, représentent la pédagogie la plus concrète et la plus efficace en vue de l’insertion active, responsable et féconde des enfants dans le cadre plus large de la société. »4

Pour autant, tout le monde n’a pas la chance de grandir dans une famille équilibrée, et ce n’est pas nécessairement un obstacle car Dieu pourvoit à nos indigences. Une belle illustration nous en est offerte par la vie de sainte Mariam − sœur Marie de Jésus Crucifié (1846-1878), la « petite Arabe » − une carmélite palestinienne, canonisée par le pape François le 17 mai 2015, et dont la vie fut très mouvementée. Alors qu’elle avait trois ans, son père, sur le point de mourir, se trouva dans l’angoisse de laisser seule sa fille ; son épouse devait mourir quelques jours après. Il se tourna alors vers une image de saint Joseph et le supplia : « Grand saint, voici mon enfant : la Sainte Vierge est sa mère, daigne veiller toi aussi sur elle, sois son père.5 »

On sait que sainte Catherine Labouré fit un acte d’abandon semblable, à la mort de sa mère, étreignant la statue de Marie : un geste qui laissa une voisine totalement bouleversée. Aussi, n’ayons pas peur de prendre chez nous la Sainte Famille si nos foyers sont frappés par le deuil, l’abandon ou la séparation. Son intercession est concrète et puissante.

Redécouvrir la « soumission »

Fixons aussi notre attention sur la figure de saint Joseph : il lui a été confié rien moins que l’éducation du Fils de Dieu… Sa personne et son comportement ont laissé une trace indélébile sur l’âme de Jésus, qui lui doit son introduction à la vie sociale, professionnelle et politique, ainsi que tant de témoignages d’affection vis-à-vis de Marie. Lorsque l’évangile note que le Christ « leur était soumis », cela s’entend surtout du « chef de famille », Joseph. Lui, pauvre pécheur, devait diriger la vie à Nazareth. Il présidait en particulier la prière familiale… devant la Vierge Immaculée et la Deuxième Personne de la Trinité ! Origène s’est laissé frapper par ce paradoxe :

« Chers enfants, nous devrions apprendre à nous soumettre à nos parents. Le plus grand est soumis au plus petit. Jésus a compris que Joseph était plus grand que lui en âge, et donc qu’il devait lui rendre l’honneur dû aux parents. Il a ainsi laissé un exemple pour tout fils… Et je crois que Joseph a compris que Jésus, qui lui était soumis, était plus grand que lui. Il le savait : son maître lui était soumis et restreignait son autorité par déférence… Donc, chacun devrait se rendre compte qu’un homme inférieur est souvent en charge d’hommes supérieurs. »6

Cette réalité devrait nous faire réfléchir aussi sur le sens que nous donnons à la parole « soumission » : le commandement de saint Paul, « les femmes doivent être soumises à leurs maris » (Ep 5, 24), est généralement incompris à l’heure actuelle. Pourtant, le verbe employé par l’évangile, « ὑποτάσσω, hypotassô » (Lc 2, 51), renferme un joyau théologique. Tout d’abord, l’exemple de Jésus nous fait comprendre qu’il s’agit d’une soumission libre et volontaire, et donc animée par l’amour, pour suivre l’ordre naturel des choses. Voici par exemple comment Charles de Foucauld contemplait la soumission de Jésus, dans une prière ardente :

« Vous leur étiez soumis, soumis comme un fils l’est à son père, à sa mère ; c’était une vie de soumission, de soumission filiale ; Vous obéissiez en tout ce qu’obéit un bon fils. Si un désir de Vos parents n’était pas selon la vocation divine que Vous aviez, Vous ne l’accomplissiez pas, Vous obéissiez “à Dieu plutôt qu’aux hommes”, comme quand Vous restâtes trois jours à Jérusalem ; mais sauf le cas où la vocation que vous aviez demandait que vous ne vous rendiez pas à leurs désirs, vous vous y rendiez en tout, étant en tout le meilleur des fils, et par conséquent non seulement obéissant à leurs moindres désirs, mais les prévenant, faisant tout ce qui pouvait leur faire plaisir, les consoler, leur rendre la vie douce et agréable, tâchant de tout votre cœur de les rendre heureux, étant le modèle des fils et ayant toutes les attentions possibles pour vos parents, dans la mesure bien entendu de ce que permettait votre vocation… Mais votre vocation c’était d’être parfait, et vous ne pouviez pas ne pas être parfait, ô Fils éternel, ô Fils de Dieu, ainsi pendant ces trente ans fûtes-vous le fils le plus tendre, le plus prévenant, le plus soumis, le plus aimable, le plus consolant, faisant tout le plaisir possible à vos parents, les aidant, les soutenant, les encourageant dans le labeur quotidien, en prenant pour vous la plus grande part possible pour les reposer, ne les contredisant jamais (à moins de nécessité pour la gloire de Dieu, et alors avec quelle douceur, quelle tendresse, quel charme qui rendait la contradiction plus douce qu’un acquiescement et la faisait recevoir comme une rosée céleste), ayant toutes les petites attentions, les grâces, les délicatesses, les prévenances, les amabilités qui rendent la vie si douce quand elles sont faites par une telle âme !… n’omettant rien de ce qui pouvait consoler vos parents et faire de leur petite maison ce qu’elle était : un ciel… »7

Par contre, le refus de soumission est un signe de rébellion contre Dieu, comme en saint Paul : « Le désir de la chair est inimitié contre Dieu : il ne se soumet pas à la loi de Dieu, il ne le peut même pas, et ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu. » (Rm 8, 7-8) Plus encore : la soumission est au cœur de la relation entre le Christ et son Père, et explique toute sa mission de récapitulation de la création, selon la vision grandiose de la Première Lettre aux Corinthiens :

« Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ; car il a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dira : “Tout est soumis désormais”, c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. » (1 Co 15, 26-28)

En d’autres termes, le Christ est envoyé dans le monde pour que tout lui soit soumis ; dans le cas des esprits libres comme les hommes, il s’agit du doux joug de l’amour qui reconnaît son Seigneur et lui offre son hommage. Et la soumission du Fils au Père dans la Trinité est la manifestation ultime de l’Amour même… Une réalité qui devrait nous faire revisiter la première exhortation de saint Paul que nous avons mentionnée, sur l’amour conjugal, à construire selon l’alliance entre le Christ et l’Église, décrite par l’Apôtre : « Dieu a tout soumis sous ses pieds, et l’a constitué, au sommet de tout, Tête pour l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout. » (Ep 1, 22-23)

Pour entrer dans ce mystère, reprenons la prière à saint Joseph que de nombreux fidèles récitent comme complément à l’Ave Maria :

« Je vous salue, Joseph, Vous que la grâce divine a comblé. Le Sauveur a reposé dans vos bras, et grandi sous vos yeux. Vous êtes béni entre tous les hommes et Jésus, l’enfant divin de votre virginale épouse, est béni. Saint Joseph, donné pour père au Fils de Dieu, priez pour nous dans nos soucis de famille, de santé, de travail. Et daignez nous secourir à l’heure de notre mort. Amen. »

Vocation au sein de la famille

Nous avons appris dans notre famille naturelle à être fils ou filles, pour découvrir l’appel à l’amour du Père céleste. Nous avons aussi bénéficié de la paternité ou maternité spirituelle de prêtres, consacré(e)s et laïcs qui nous ont baptisés, enseignés, puis éclairés sur le chemin de la croissance spirituelle. Nous avons, enfin, découvert l’appel personnel que Dieu nous adressait : c’est ce que nous nommons la « vocation ». À un moment de notre croissance spirituelle, nous avons non seulement pu nous approprier la foi reçue d’autrui, mais également voir se dessiner un chemin original qui est le plan de Dieu pour nous. Pour certains, ce plan est celui de la consécration totale au service du Royaume.

L’évangile du Recouvrement nous permet de méditer sur cette éclosion de la vocation au sein des familles, et sur leur rôle dans l’éveil humain et spirituel des jeunes. Le concile Vatican II a abordé ce thème dans son décret Optatam Totius, sur la formation sacerdotale, qui affirme :

« Le devoir de cultiver les vocations revient à la communauté chrétienne tout entière, qui s’en acquitte avant tout par une vie pleinement chrétienne. Ce sont principalement les familles et les paroisses qui doivent collaborer à cette tâche : les familles, animées par un esprit de foi, de charité et de piété, en devenant une sorte de premier séminaire ; les paroisses, en offrant aux adolescents eux-mêmes une participation à la fécondité de leur vie. »8

Apparition de la liberté

La vocation met parfois un certain temps à se réaliser. Chez sainte Mariam, elle fut perçue très tôt dans l’enfance, mais bien des péripéties − vraiment incroyables − sont intervenues avant qu’elle pût la réaliser, tout comme Catherine Labouré, la voyante de la rue du Bac, ou encore sainte Marguerite-Marie, qui reçut les révélations du Sacré Cœur : toutes deux furent longtemps empêchées d’entrer au couvent… L’évangile nous dit que Jésus retourna à Nazareth et « leur était soumis ». Une vingtaine d’années de « vie cachée » furent encore nécessaires avant le début de son ministère public. Quel mystère aux yeux de Marie que ces longues années dans l’ombre ! Saint Claude La Colombière a beaucoup admiré cette période d’enfouissement vécue par Jésus, analogue aux années de séminaire, pour se préparer à la mission :

« Pour les talents de l’esprit, soit naturels, soit surnaturels, il [Jésus] les tient cachés durant l’espace de trente ans ; durant tout ce temps, un profond silence, une vie simple, obscure, inconnue, le dérobe lui-même à la lumière ; on le confond avec la plus vile populace. Mon Dieu, que de noblesse dans cette obscurité ! Que vous me paraissez admirable dans ces ténèbres ! Qu’un discours entier serait bien employé à mettre au jour une humilité si parfaite, un mépris si héroïque de toute la gloire du monde ! Mais j’ai tant de choses à dire que je ne puis m’étendre sur aucune… »9

La vocation religieuse ou sacerdotale doit pouvoir s’épanouir normalement dans la famille naturelle, surtout si elle est chrétienne. C’est un don de Dieu et le signe que la foi a été transmise. Si nous craignons que l’un de nos enfants soit appelé par Dieu, interrogeons-nous sur ce que cela cache de possessivité et de manque de foi en la vie surnaturelle, de confiance en l’amour du Seigneur. La vocation authentique ne détruit pas nos enfants, elle les réalise. Nous n’avons d’ailleurs pas à donner nos enfants au Seigneur, car ils ne nous appartiennent pas. Ce sont eux qui se donnent. Puissions-nous ne pas être un obstacle à l’appel de Dieu et à la générosité de nos jeunes.

Pour les parents aussi, tout un cheminement se réalise, qui peut prendre de longues années. Un moment vient où ils doivent s’effacer pour laisser l’enfant trouver sa route, sa vocation, en conformité avec la volonté de Dieu, même si cela demande une certaine abnégation. Un retrait nécessaire, mais délicat, qu’il convient de méditer. Voici un extrait d’une lettre d’une mère de famille :

« Lorsque mes enfants étaient petits, que je pensais pour eux, que je décidais pour eux, tout était facile : ma liberté seule était en cause. Mais, le moment venu, quand j’ai réalisé que mon rôle était de les habituer à des choix progressifs, j’ai senti − dès que j’y ai consenti − l’inquiétude s’installer en moi. En laissant mes enfants prendre des décisions, donc des risques, je prenais, moi, du même coup, le risque de voir surgir d’autres libertés que la mienne. Si, trop souvent, j’ai continué à choisir à la place de mes enfants, c’était, il faut l’avouer, pour leur épargner de souffrir d’une option que peut-être ils auraient à regretter, mais c’était au moins, sinon plus, pour ne pas risquer de connaître l’épreuve d’un désaccord entre leur choix et celui que j’aurais souhaité leur voir faire. Manque d’amour de ma part, donc, puisque agissant ainsi, je voulais essentiellement me mettre à l’abri d’une possible souffrance, celle que j’ai éprouvée chaque fois que mes enfants se sont engagés sur une autre voie que celle qui m’apparaissait pour eux la meilleure. Ainsi, je parviens à entrevoir que Dieu “Père” puisse souffrir. Nous sommes ses enfants. Il nous veut libres de nous construire nous-mêmes, et l’Infini de son Amour rend impossible toute contrainte de sa part. Amour parfait, sans trace de calcul, mais qui implique l’acceptation au départ d’une souffrance inhérente à cette liberté totale qu’il veut pour nous. »10

Il est bien sûr naturel de ressentir douloureusement le départ de nos enfants, surtout lorsque leurs choix nous déconcertent. À force de vivre avec eux, nous oublions souvent qu’ils ne font pas partie intégrante de nous-mêmes, sont différents de nous et doivent partir. C’est exactement ce qui arrive à Marie et Joseph dans l’épisode de ce jour. Ils connaissent tous deux l’origine divine de Jésus, mais, avec le temps, il est devenu pour eux un enfant ordinaire, leur enfant, au point qu’ils s’étonnent de le trouver au milieu des docteurs de la Loi ; sa réponse les prend de court. Dans une moindre mesure, nos enfants aussi viennent de Dieu et sont faits pour Dieu et non pour nous. Ce doit être notre joie.

Croissance dans l’amour

Mais derrière cette page d’évangile se cache une leçon spirituelle plus profonde pour tous les croyants. « Chercher » et « trouver » sont les deux verbes-clés de la scène du Recouvrement. Luc nous décrit les parents de Jésus qui le « cherchent » (ζητέω, zêteô) parmi les connaissances, puis dans Jérusalem et enfin au Temple. Marie le mentionne comme un reproche, Jésus s’en étonne comme d’une erreur (deux mentions du verbe). Puis tout se dénoue lorsque « ils le trouvèrent dans le Temple » (v. 46).

Toute l’existence de Marie sera rythmée par ces « pertes et recouvrements » : Jésus partira de Nazareth pour sa vie publique, mais Marie le retrouvera pour être bénie comme « celle qui fait la volonté de Dieu » (cf. Mc 3, 35). Elle le perdra au pied de la Croix, mais le retrouvera au troisième jour, ressuscité. C’est pourquoi il est significatif que Luc mentionne, pour le Recouvrement, les trois jours de perte et la circonstance de Pâques.

Jésus, enfin, laissera Marie sur terre pour aller au Ciel, elle le « perdra » donc pendant les premières années de l’Église ; mais elle sera unie à lui, définitivement, à la fin de sa vie terrestre (par son Assomption). À travers toutes ces péripéties, c’est une union toujours plus profonde qui s’établit entre Jésus et sa Mère, qui grandit ainsi dans la foi : une union des cœurs, parce qu’elle a toujours « cherché » son Fils et que lui-même s’est toujours laissé « trouver » de façon surprenante, nouvelle, sublime, pour forger l’âme de Marie à la mesure de la Trinité. Si le chemin personnel de nos enfants nous cause des inquiétudes, si leur vocation heurte nos projets, si leurs errements nous désespèrent, adressons-nous à cette bonne Mère qui saura nous enseigner la confiance et nous apprendre à trouver la lumière dans l’obscurité.

Voici une prière que sainte Mariam affectionnait particulièrement, et qui pourra nous aider pour notre méditation :

« Esprit Saint, inspirez-moi ;
Amour de Dieu consumez-moi ;
Au vrai chemin conduisez-moi ;
Marie ma Mère, regardez-moi ;
Avec Jésus, bénissez-moi ;
De tout mal, de toute illusion,
De tout danger préservez-nous. »

  • 1. Catéchisme de l’Église catholique, nº 2205-2206.
  • 2. Ambroise de Milan, Traité sur saint Luc, in loco, coll. « Sources Chrétiennes », nº 45, Cerf, 1971.
  • 3. Pape François, Exhortation apostolique Amoris Laetitia, nº 55.
  • 4. Pape Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris Consortio, nº 37.
  • 5. A. Brunot, Mariam, la petite Arabe. Sœur Marie de Jésus Crucifié, Salvator, 1992, p. 12.
  • 6. Origène, Homélies sur l’évangile de Luc, XX, 5 (notre traduction).
  • 7. Charles de Foucauld, Écrits spirituels, Petrus, 2017, p. 61.
  • 8. Concile Vatican II, Optatam Totius Ecclesiae Renovationem, 1965, n° 2.
  • 9. Saint Claude La Colombière, Œuvres complètes, tome I, Édition Seguin, 1832, p. 326.
  • 10. Lettre anonyme citée dans Card. Robert Sarah, La force du silence, Fayard, 2016, n° 169.